{"id":4623,"date":"2013-11-11T22:12:40","date_gmt":"2013-11-12T02:12:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.iqqaumavara.com\/en\/resume-des-conclusions-de-la-commission\/"},"modified":"2013-11-11T22:12:40","modified_gmt":"2013-11-12T02:12:40","slug":"resume-des-conclusions-de-la-commission","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/iqqaumavara.com\/en\/fr\/resume-des-conclusions-de-la-commission\/","title":{"rendered":"R\u00e9sum\u00e9 des conclusions de la Commission"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00ab La r\u00e9installation dans l\u2019Extr\u00eame-Arctique : un rapport sur la r\u00e9installation de 1953-1955 \u00bb<\/strong><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\">R\u00e9sum\u00e9 des conclusions de la Commission<\/h4>\n<hr \/>\n<p>T\u00e9moignant devant le comit\u00e9 permanent des affaires autochtones de la Chambre des communes en mars 1990, John Amagoalik a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il y avait plus de 30 ans qu\u2019on s\u2019occupait du dossier de la r\u00e9installation \u00e0 l\u2019Inuit Tapirisat du Canada (ITC), dont il \u00e9tait alors pr\u00e9sident. La Soci\u00e9t\u00e9 Makivik et l\u2019ITC avaient fait, depuis la fin des ann\u00e9es 70, des d\u00e9marches r\u00e9p\u00e9t\u00e9es aupr\u00e8s des ministres et sous-ministres des Affaires indiennes et du Nord \u00e0 ce sujet. De nouveaux efforts ont \u00e9t\u00e9 tent\u00e9s \u00e0 partir de 1982. On trouvera \u00e0 l\u2019annexe 5 un bref aper\u00e7u des \u00e9v\u00e8nements survenus depuis cette date et \u00e0 la Partie 4 du R\u00e9sum\u00e9 de la documentation, une description plus d\u00e9taill\u00e9e des efforts d\u00e9ploy\u00e9s pour r\u00e9gler les griefs des r\u00e9install\u00e9s.<\/p>\n<p>Avec le temps, le foss\u00e9 entre la position des r\u00e9install\u00e9s et celle du gouvernement s\u2019est \u00e9largi. Le gouvernement est aussi revenu sur des positions prises pr\u00e9c\u00e9demment. Apr\u00e8s avoir soutenu qu\u2019il n\u2019avait pas eu vent d\u2019une promesse de retour, il a reconnu qu\u2019une telle promesse avait bel et bien \u00e9t\u00e9 faite, mais non tenue. Dans les ann\u00e9es 80, le gouvernement a fait diverses d\u00e9clarations sur le r\u00f4le de la r\u00e9installation dans le maintien de la souverainet\u00e9 du Canada, d\u00e9claration qui semblait confirmer les all\u00e9gations des r\u00e9install\u00e9s selon lesquelles la souverainet\u00e9 avait pes\u00e9 dans la d\u00e9cision. Le point de vue actuel du gouvernement est que la souverainet\u00e9 n\u2019entrait pas en ligne de compte. S\u2019il avait reconnu d\u2019embl\u00e9e l\u2019inex\u00e9cution de la promesse de retour et pris des mesures pour r\u00e9parer l\u2019injustice, les griefs auraient fort bien pu \u00eatre r\u00e9gl\u00e9s rapidement. Le revirement de position sur la souverainet\u00e9 n\u2019a fait que jeter de l\u2019huile sur le feu, et les r\u00e9install\u00e9s n\u2019ont pas compris le refus du gouvernement d\u2019adopter les recommandations unanimes du Comit\u00e9 permanent des affaires autochtones.<\/p>\n<p>Le gouvernement a r\u00e9agi \u00e0 chaque \u00e9tude ou rapport qui lui \u00e9tait d\u00e9favorable par une \u00e9tude plus exhaustive. Il a soumis chacun des griefs \u00e0 une analyse approfondie. Il s\u2019est attach\u00e9, semble-t-il, \u00e0 se d\u00e9fendre contre ces griefs et \u00e0 pr\u00e9senter les initiatives gouvernementales sous le meilleur jour possible. En agissant ainsi, il a projet\u00e9 l\u2019image d\u2019un adversaire qui soutient un point tant qu\u2019il peut trouver des arguments en sa faveur et conc\u00e8de un point seulement lorsqu\u2019il se trouve en pr\u00e9sence de preuves irr\u00e9futables. Il ne s\u2019est pas donn\u00e9 la peine de revenir en arri\u00e8re pour examiner les griefs globalement dans le contexte social, politique et culturel qui existait \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la r\u00e9installation. S\u2019il s\u2019y \u00e9tait pris autrement, il aurait pu en arriver \u00e0 une nouvelle vision des choses qui lui aurait permis de constater le bien-fond\u00e9 des dol\u00e9ances des r\u00e9install\u00e9s et de s\u2019acheminer vers un r\u00e8glement plus positif.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, la fa\u00e7on dont le gouvernement a trait\u00e9 les griefs n\u2019a fait qu\u2019accro\u00eetre la m\u00e9fiance et renforcer un profond sentiment d\u2019injustice.<\/p>\n<p>Les audiences et l\u2019analyse de la Commission \u00e9clairent d\u2019un jour nouveau la r\u00e9installation dans l\u2019Extr\u00eame-Arctique. La comparaison des \u00e9l\u00e9ments de preuves recueillis permet de r\u00e9\u00e9valuer les responsabilit\u00e9s du gouvernement et repr\u00e9sente un premier pas vers une r\u00e9conciliation plus fondamentale entre les r\u00e9install\u00e9s et le gouvernement.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s les t\u00e9moignages et l\u2019analyse qui pr\u00e9c\u00e8dent, la Commission en arrive aux conclusions suivantes :<\/p>\n<hr \/>\n<p><center><strong>La d\u00e9pendance et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des Inuit<\/strong><\/center>1. La r\u00e9installation dans l\u2019Extr\u00eame-Arctique s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e dans un contexte culturel o\u00f9 les Inuit se sentaient g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9pendants des non-Inuit et impuissants dans leurs rapports avec eux. Les non-Inuit \u00e9taient tr\u00e8s conscients du pouvoir qu\u2019ils exer\u00e7aient sur les Inuit, ces derniers allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 prendre pour des ordres les simples d\u00e9sirs de non-Inuit bien intentionn\u00e9s. Le gouvernement \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 dans l\u2019Arctique par des agents de la GRC, qui \u00e9taient particuli\u00e8rement craints des Inuit.<br \/>\n2. Les Inuit n\u2019\u00e9taient pas tous aussi d\u00e9pendants et vuln\u00e9rables. Il y a lieu de croire que ceux du Nord du Qu\u00e9bec l\u2019\u00e9taient beaucoup plus que ceux du nord de l\u2019\u00eele de Baffin.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>L\u2019attachement des Inuit \u00e0 la terre natale et \u00e0 la famille<\/strong><\/center>3. Les Inuit sont particuli\u00e8rement attach\u00e9s \u00e0 leur coin de pays et \u00e0 leur famille. Au moment de la r\u00e9installation, les non-Inuit \u00e9taient au courant de cet attachement.<br \/>\n4. La r\u00e9gion d\u2019Inukjuak est habit\u00e9e depuis des si\u00e8cles par un nombre assez important d\u2019Inuit, dont le mode de vie traditionnel est ax\u00e9 sur la chasse et la p\u00eache.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Le paternalisme des d\u00e9cisions gouvernementales<\/strong><\/center>5. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 50, le gouvernement ne tenait g\u00e9n\u00e9ralement pas compte des d\u00e9sirs et des aspirations des Inuit lorsqu\u2019il prenait des d\u00e9cisions \u00e0 leur sujet. Les d\u00e9cisions gouvernementales refl\u00e9taient plut\u00f4t une vision paternaliste de ce qui devait \u00eatre bon pour les Inuit et tendaient \u00e0 minimiser ou \u00e0 n\u00e9gliger leurs besoins et leurs d\u00e9sirs.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>La souverainet\u00e9 en tant que facteur<\/strong><\/center>6. La r\u00e9installation a eu lieu \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le gouvernement s\u2019inqui\u00e9tait de la souverainet\u00e9 de facto du Canada en raison de la pr\u00e9sence des \u00c9tats-Unis dans l\u2019Arctique. Cette inqui\u00e9tude en cachait une autre, \u00e0 savoir qu\u2019avec le temps, on pourrait contester sa souverainet\u00e9 de jure s\u2019il ne maintenait pas une pr\u00e9sence active dans le Nord. Le poids de la preuve donne \u00e0 penser que la souverainet\u00e9 a \u00e9t\u00e9 une consid\u00e9ration r\u00e9elle dans la d\u00e9cision de la r\u00e9installation, m\u00eame si les motivations premi\u00e8res \u00e9taient d\u2019ordre social et \u00e9conomique.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>La croissance d\u00e9mographique et la diminution du gibier n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 des facteurs<\/strong><\/center>7. Selon les renseignements dont disposait le gouvernement au d\u00e9but des ann\u00e9es 50, la population de la r\u00e9gion d\u2019Inukjuak n\u2019augmentait pas. Elle \u00e9tait plut\u00f4t stable \u00e0 cause du taux de mortalit\u00e9 \u00e9lev\u00e9. Il n\u2019y avait pas lieu de croire non plus \u00e0 une diminution importante des ressources en gibier. En fait, la situation \u00e9tait la m\u00eame depuis 30 ou 40 ans.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>L\u2019effet des prestations gouvernementales sur le sens des valeurs des Inuit<\/strong><\/center>8. On s\u2019inqui\u00e9tait au Minist\u00e8re de l\u2019instabilit\u00e9 \u00e0 long terme du commerce des fourrures et de la capacit\u00e9 de maintenir ainsi les revenus aux niveaux auxquels les Inuit d\u2019Inukjuak \u00e9taient habitu\u00e9s. Comme le gouvernement ne voyait pas comment les revenus gagn\u00e9s pourraient augmenter dans la r\u00e9gion d\u2019Inukjuak, il craignait que le recours p\u00e9riodique \u00e0 l\u2019assistance publique ne devienne permanent et que d\u2019autres prestations gouvernementales, comme les allocations familiales et les pensions de vieillesse, en viennent \u00e0 repr\u00e9senter une part plus importante du revenu des Inuit. Il fallait p\u00e9riodiquement verser des indemnit\u00e9s de secours en raison de la nature cyclique du commerce des fourrures, les mauvaises ann\u00e9es succ\u00e9dant aux bonnes suivant un cycle de quatre ans. On trouvait que les Inuit d\u2019Inukjuak devenaient d\u00e9pendants des prestations gouvernementales et perdaient ainsi leur autonomie et leur sens des valeurs.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>L\u2019id\u00e9e d\u2019amener les Inuit \u00e0 d\u00e9pendre davantage de la chasse<\/strong><\/center>9. Les fonctionnaires croyaient pouvoir r\u00e9tablir l\u2019autosuffisance des Inuit et mettre fin au pr\u00e9sum\u00e9 d\u00e9clin de leurs valeurs en amenant ces derniers \u00e0 compter davantage sur la chasse et \u00e0 d\u00e9pendre moins du magasin. Cette solution r\u00e9glerait du m\u00eame coup le pr\u00e9sum\u00e9 probl\u00e8me \u00e9conomique d\u00e9coulant de l\u2019instabilit\u00e9 du commerce des fourrures, car les Inuit seraient en mesure de suppl\u00e9er aux revenus que ce commerce ne pourrait plus leur assurer \u00e0 long terme. Cet objectif n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9 aux Inuit.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>La surpopulation par rapport aux ressources disponibles<\/strong><\/center>10. On croyait qu\u2019il serait possible d\u2019amener les Inuit d\u2019Inukjuak \u00e0 compter davantage sur la chasse pour diminuer leur d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis du magasin, \u00e0 moins de les r\u00e9installer ailleurs sur le littoral qu\u00e9b\u00e9cois, dans les \u00eeles de la Baie d\u2019Hudson au large du littoral qu\u00e9b\u00e9cois ou dans d\u2019autres coins de l\u2019Arctique. Dans ce sens, et uniquement dans ce sens, la r\u00e9gion d\u2019Inukjuak \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab surpeupl\u00e9e par rapport aux ressources disponibles \u00bb. Ce bout de phrase est malheureusement ambigu, et faisait allusion selon certains \u00e0 une population de chasseurs qui surexploitait les ressources disponibles en gibier. Il refl\u00e8te en r\u00e9alit\u00e9 une pr\u00e9occupation \u00e9conomique du gouvernement li\u00e9e \u00e0 un d\u00e9sir d\u2019obliger les Inuit \u00e0 chasser plus et \u00e0 moins d\u00e9pendre des revenus gagn\u00e9s.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>L\u2019id\u00e9e de \u00ab r\u00e9adapter \u00bb les Inuit<\/strong><\/center>11. Pour que les Inuit retrouvent leur autosuffisance et leur ind\u00e9pendance par un recours accru \u00e0 la chasse, il fallait les ramener \u00e0 ce qui \u00e9tait, selon les non-Inuit, leur condition originelle. L\u2019objectif vis\u00e9 \u00e9tait la \u00ab r\u00e9adaptation \u00bb, et la r\u00e9installation dans l\u2019Extr\u00eame-Arctique \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2013 non par les Inuit cependant \u2013 comme un projet de r\u00e9adaptation.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>La non-communication de cet objectif aux Inuit<\/strong><\/center>12. On n\u2019a pas dit aux Inuit d\u2019Inukjuak que le gouvernement jugeait n\u00e9cessaire de les r\u00e9adapter et que la r\u00e9installation visait justement cet objectif.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>La r\u00e9installation ne changerait rien aux cycles de chasse et du pi\u00e9geage<\/strong><\/center>13. Au moment de la r\u00e9installation de 1953, le cycle d\u2019abondance de la fourrure \u00e9tait \u00e0 son apog\u00e9e. Chez les Inuit valides d\u2019Inukjuak, personne ne recevait d\u2019indemnit\u00e9s de secours. La chasse \u00e9tait bonne, et les conditions \u00e9taient bien meilleures qu\u2019en 1949-1950, p\u00e9riode pendant laquelle l\u2019industrie de la fourrure s\u2019\u00e9tait effondr\u00e9e et un hiver rigoureux avait rendu la chasse difficile. On connaissait de tels cycles dans toutes les r\u00e9gions de l\u2019Arctique o\u00f9 il y avait des Inuit vivant de chasse et de pi\u00e9geage. Le pi\u00e9geage du renard arctique suivait un cycle de quatre ans. M\u00eame dans les r\u00e9gions d\u2019abondance relative, la chasse pouvait \u00eatre compromise par des conditions atmosph\u00e9riques d\u00e9favorables, le mauvais \u00e9tat de la glace ou des changements d\u2019habitudes migratoires. Ce n\u2019\u00e9tait pas en r\u00e9installant les Inuit ailleurs qu\u2019on allait rem\u00e9dier \u00e0 la variabilit\u00e9 des conditions de vie.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Le consensus institutionnel en faveur des r\u00e9installations<\/strong><\/center>14. Tous ceux qui s\u2019int\u00e9ressaient \u00e0 l\u2019Arctique, y compris les divers minist\u00e8res concern\u00e9s, la GRC, l\u2019\u00c9glise anglicane, l\u2019\u00c9glise catholique et la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson, s\u2019accordaient \u00e0 dire que les r\u00e9installations allaient r\u00e9soudre les probl\u00e8mes sociaux et \u00e9conomiques per\u00e7us. Il y avait toutefois des divergences d\u2019opinions sur les modalit\u00e9s, certains, comme le surintendant Larsen de la GRC, pr\u00f4nant la cr\u00e9ation de petites communaut\u00e9s dot\u00e9es d\u2019\u00e9coles et de maison en bois pour que les Inuit adultes puissent conserver un mode de vie ax\u00e9 sur la chasse et le pi\u00e9geage et que les enfants puissent recevoir l\u2019instruction essentielle \u00e0 leur avenir.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Le plan de r\u00e9installation<\/strong><\/center>15. Pour le Minist\u00e8re, la r\u00e9installation dans l\u2019Extr\u00eame-Arctique \u00e9tait un moyen d\u2019\u00e9tablir les Inuit dans des r\u00e9gions jug\u00e9es giboyeuses et de les obliger \u00e0 vivre surtout de la chasse tout en leur donnant l\u2019occasion de pi\u00e9ger. On ouvrirait un petit magasin pourvu d\u2019un stock limit\u00e9 de produits de base. La GRC serait charg\u00e9e d\u2019administrer le magasin et devrait rationner les marchandises pour assurer une distribution \u00e9quitable. Elle aurait aussi un r\u00f4le d\u2019\u00ab encourager \u00bb les Inuit \u00e0 chasser.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>L\u2019aspect coercitif du plan<\/strong><\/center>16. Le plan de r\u00e9installation \u00e9tait fonci\u00e8rement coercitif. Il visait \u00e0 transplanter des gens habitu\u00e9s \u00e0 une \u00e9conomie ax\u00e9e sur les revenus, et aux biens que ces revenus permettaient d\u2019acqu\u00e9rir, dans un milieu o\u00f9 ils d\u00e9pendraient beaucoup plus du gibier pour leur nourriture, avec toutes les difficult\u00e9s que supposait un tel mode de vie. Le gouvernement n\u2019a pas eu \u00e0 recourir \u00e0 la force. L\u2019imp\u00e9ratif de survie a fait en sorte que l\u2019objectif recherch\u00e9 soit atteint.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Les aspects coercitifs de la vie dans les nouvelles collectivit\u00e9s<\/strong><\/center>17. La vie quotidienne dans les nouvelles collectivit\u00e9s comportait, elle aussi, des aspects coercitifs. Le Minist\u00e8re avait ordonn\u00e9 \u00e0 la GRC de ne pas faire cr\u00e9dit aux trappeurs, m\u00eame si les compagnies de traite avaient l\u2019habitude de faire cr\u00e9dit ou d\u2019accorder des avances. La GRC avait \u00e9galement re\u00e7u l\u2019ordre d\u2019administrer d\u2019une main ferme la distribution des indemnit\u00e9s de secours. Comme les magasins \u00e9taient mal approvisionn\u00e9s, il arrivait souvent que les pensions de vieillesse et les allocations familiales ne soient pas vers\u00e9es aux b\u00e9n\u00e9ficiaires sous forme de biens. Les prestations \u00e9taient alors inscrites dans un registre de comptabilit\u00e9 sous forme d\u2019\u00e9pargne forc\u00e9e. Soucieux d\u2019\u00ab encourager \u00bb les Inuit \u00e0 faire avancer les objectifs du projet, les agents de la GRC leur disaient quoi faire et les prenaient \u00e0 partie lorsqu\u2019ils agissaient \u00e0 leur t\u00eate. Les camps inuit \u00e9taient \u00e9tablis assez loin des installations et des \u00e9quipements non inuit pour limiter les contacts entre les deux groupes, et pour \u00e9viter que les Inuit deviennent un fardeau pour le poste ou la base non inuit. Ces modestes mesures de coercition devenaient d\u2019autant plus contraignantes lorsqu\u2019elles \u00e9taient appliqu\u00e9es par la police.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Une curieuse d\u00e9finition du succ\u00e8s<\/strong><\/center>18. Les signes apparents de succ\u00e8s d\u2019un tel projet, l\u2019autosuffisance entre autres, seraient interpr\u00e9t\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re, quel que soit l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit des r\u00e9install\u00e9s. Ces derniers devraient continuer \u00e0 chasser m\u00eame s\u2019ils \u00e9taient malheureux ou souhaitaient \u00eatre rapatri\u00e9s. Les rapports de fonctionnaires r\u00e9p\u00e9tant sans cesse que les r\u00e9install\u00e9s se d\u00e9brouillaient bien traduisent une apparence de succ\u00e8s, mais passent sous silence la tristesse que ressentaient de nombreux r\u00e9install\u00e9s et leur d\u00e9sir d\u2019\u00eatre rapatri\u00e9s.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>La \u00ab r\u00e9adaptation \u00bb compar\u00e9e aux possibilit\u00e9s offertes aux chasseurs autonomes<\/strong><\/center>19. Les Inuit ne d\u00e9pendaient pas tous au m\u00eame degr\u00e9 des revenus du pi\u00e9geage. Le plan de r\u00e9installation aurait pu convenir tout \u00e0 fait \u00e0 des gens qui vivaient surtout de la chasse, le pi\u00e9geage ne fournissait qu\u2019un appoint, et qui ne comptaient pas sur l\u2019aide gouvernementale les ann\u00e9es o\u00f9 la fourrure se faisait rare ou peu payante. En fait, les Inuit qui avaient quitt\u00e9 Pond Inlet pour Resolute Bay ont \u00e9t\u00e9 satisfaits de la r\u00e9installation. Ils n\u2019\u00e9taient toutefois pas repr\u00e9sentatifs de l\u2019ensemble des r\u00e9install\u00e9s, et le plan de r\u00e9installation lui-m\u00eame s\u2019adressait \u00e0 des gens qui d\u00e9pendaient largement d\u2019une \u00e9conomie de revenu et s\u2019en remettaient \u00e0 l\u2019aide gouvernementale les ann\u00e9es de vache maigre. M\u00eame les Inuit de Pond Inlet \u00e0 Grise Fiord, qui \u00e9taient habitu\u00e9s de pouvoir compter sur l\u2019aide d\u2019un magasin, trouvaient les conditions trop difficiles. On ne s\u2019est donc pas limit\u00e9 \u00e0 recruter des Inuit qui avaient continu\u00e9 de vivre \u00e0 bonne distance des magasins et qui arrondissaient leurs revenus de chasse en faisait de la traite.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Un recul<\/strong><\/center>20. \u00c0 l\u2019\u00e9poque de la r\u00e9installation, Inukjuak \u00e9tait un peuplement important, pourvu d\u2019un poste de traite de la Compagnie d\u2019Hudson, d\u2019un poste de police, de missions religieuses, d\u2019une \u00e9cole, d\u2019un dispensaire, d\u2019une station m\u00e9t\u00e9orologique et d\u2019une installation radio du minist\u00e8re des Transports, et d\u2019un am\u00e9nagement portuaire. L\u2019\u00e9cole et le dispensaire avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis peu avant dans le cadre d\u2019un programme gouvernemental visant \u00e0 rem\u00e9dier \u00e0 des ann\u00e9es de n\u00e9gligence. Les nouvelles collectivit\u00e9s issues de la r\u00e9installation n\u2019avaient ni \u00e9coles, ni dispensaires, ni missions. Sous ce rapport, la d\u00e9cision de proc\u00e9der \u00e0 la r\u00e9installation allait ramener les gens en arri\u00e8re, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les infrastructures de ce genre n\u2019existaient pas.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Autres cons\u00e9quences de l\u2019objectif de r\u00e9adaptation<\/strong><\/center>21. Les r\u00e9install\u00e9s ont ressenti de diverses fa\u00e7ons la crainte tr\u00e8s r\u00e9pandue chez les administrateurs que les Inuit d\u00e9pendent trop des prestations gouvernementales, autant des programmes de soutien du revenu, telles les allocations familiales et les pensions de vieillesse, qui \u00e9taient offerts aux Canadiens selon le principe de l\u2019universalit\u00e9, que des indemnit\u00e9s de secours, uniquement disponibles en cas d\u2019\u00e9preuves particuli\u00e8res. Le plan de r\u00e9installation visait non seulement \u00e0 modifier les attentes \u00e0 l\u2019\u00e9gard des indemnit\u00e9s de secours, mais aussi \u00e0 d\u00e9courager la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des programmes universels. On entendait user de pouvoirs administratifs pour restreindre ou retenir des prestations pourtant accessibles \u00e0 tous les Canadiens. Certains r\u00e9install\u00e9s ont donc constat\u00e9s, apr\u00e8s leur d\u00e9part d\u2019Inukjuak, que leur prestations d\u2019allocations familiales et de pensions de vieillesse avaient cess\u00e9. Par ailleurs, les pouvoirs publics nourrissaient la m\u00eame appr\u00e9hension pour tous les Inuit. Pourtant, la part des revenus gagn\u00e9s et des revenus non gagn\u00e9s n\u2019\u00e9tait pas la m\u00eame pour tous les Inuit, m\u00eame au Nouveau-Qu\u00e9bec. Les r\u00e9install\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas tous pareils. De plus, en 1953, les conditions s\u2019\u00e9taient sensiblement am\u00e9lior\u00e9es depuis l\u2019effondrement des prix de la fourrure en 1949-1950, et les Inuit valides d\u2019Inukjuak ne recevaient pas d\u2019aide gouvernementale. La crainte g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e concernant la d\u00e9pendance des Inuit \u00e0 l\u2019\u00e9gard des prestations gouvernementales et l\u2019interpr\u00e9tation des responsables locaux pour qui la r\u00e9installation \u00e9tait un projet de \u00ab r\u00e9adaptation \u00bb n\u2019ont fait que renforcer les st\u00e9r\u00e9otypes, ce qui allait envenimer les rapports entre les r\u00e9install\u00e9s et les responsables locaux charg\u00e9s d\u2019assurer leur bien-\u00eatre.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Le Sous-ministre n\u2019a approuv\u00e9 qu\u2019un canevas de projet<\/strong><\/center>22. Le plan gouvernemental ne faisait mention ni de d\u00e9marches ni de promesse \u00e0 faire aux Inuit. Le plan approuv\u00e9 par le Sous-ministre d\u00e9crivait de fa\u00e7on tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale ce qu\u2019on comptait faire et dans quel but. Les d\u00e9tails seraient mis au point au fur et \u00e0 mesure, ce qui laissait beaucoup de latitude aux responsables de la mise en \u0153uvre. Le Sous-ministre a approuv\u00e9 un simple canevas.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>La promesse d\u2019un rapatriement possible<\/strong><\/center>23. La d\u00e9cision de promettre un retour \u00e9ventuel a \u00e9t\u00e9 prise, \u00e0 l\u2019origine, par Henry Larsen de la GRC. Il semble qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e par le Minist\u00e8re. En fait, un fonctionnaire du Minist\u00e8re, Alex Stevenson, a \u00e9galement promis \u00e0 certains Inuit d\u2019Inukjuak qu\u2019ils pourraient \u00eatre rapatri\u00e9s. Ces promesses ont \u00e9t\u00e9 consign\u00e9es dans des notes et des rapports officiels \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Ces documents existent toujours. Le Minist\u00e8re n\u2019a rien pr\u00e9vu pour honorer cet engagement, et on n\u2019a pas donn\u00e9 aux Inuit les moyens de rentrer. La teneur de la promesse n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9finie clairement. Par exemple, on ignore si elle s\u2019appliquait \u00e0 des personnes ou uniquement \u00e0 un groupe entier et si elle pr\u00e9voyait des visites aller-retour. Si elle devait s\u2019appliquer uniquement \u00e0 tout le groupe, les Inuit n\u2019en ont pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>L\u2019absence de directives pr\u00e9cises pour obtenir le consentement des Inuit<\/strong><\/center>24. Les d\u00e9tachements de la GRC dans le Nord qu\u00e9b\u00e9cois et \u00e0 Pond Inlet \u00e9taient charg\u00e9s de recruter des Inuit pour le projet de r\u00e9installation. Les r\u00e9install\u00e9s devaient \u00eatre volontaires, mais le Minist\u00e8re n\u2019a pas donn\u00e9 \u00e0 la GRC de directives pr\u00e9cises sur la fa\u00e7on d\u2019aborder la question avec les Inuit ou d\u2019obtenir leur consentement, m\u00eame si tout le monde savait qu\u2019il \u00e9tait difficile d\u2019obtenir un v\u00e9ritable consentement des Inuit. L\u2019agent de la GRC charg\u00e9 de cette mission \u00e0 Inukjuak a cru comprendre qu\u2019il devait rallier les Inuit \u00e0 un projet qui \u00e9tait dans leur int\u00e9r\u00eat, et c\u2019est ce qu\u2019il a fait.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>L\u2019absence d\u2019un consentement libre et \u00e9clair\u00e9<\/strong><\/center>25. On ne peut pas dire que les Inuit d\u2019Inukjuak ont donn\u00e9 un consentement libre et \u00e9clair\u00e9. Ils ont cru comprendre qu\u2019ils quittaient leur milieu pour un ailleurs meilleur, o\u00f9 il y aurait abondance de grands mammif\u00e8res terrestres, o\u00f9 l\u2019on s\u2019occuperait d\u2019eux et o\u00f9 ils b\u00e9n\u00e9ficieraient de l\u2019aide du gouvernement canadien. Bien qu\u2019on les ait avertis, dans certains cas, qu\u2019il y aurait une p\u00e9riode d\u2019obscurit\u00e9, les Inuit d\u2019Inukjuak ignoraient les inconv\u00e9nients et les risques du projet, et ne croyaient pas que la r\u00e9installation pourrait bouleverser leur vie. Ils ignoraient aussi que le plan visait leur r\u00e9adaptation. On leur offrait moins que ce qu\u2019ils avaient d\u00e9j\u00e0, en ce sens que le soutien du revenu par le gouvernement serait moins grand dans l\u2019Extr\u00eame-Arctique et que la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la chasse serait accrue. En plus des nombreuses \u00e9preuves subies, les r\u00e9install\u00e9s ont donc eu l\u2019impression d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9s par le gouvernement et ont \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment afflig\u00e9s de voir s\u2019envoler leurs espoirs d\u2019une vie meilleure dans l\u2019Extr\u00eame-Arctique.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Les Inuit d\u2019Inukjuak n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s de la participation des Inuit de Pond Inlet, et les deux groupes ne s\u2019entendaient pas<\/strong><\/center>26. On n\u2019a pas dit aux Inuit d\u2019Inukjuak que ceux de Pond Inlet iraient les rejoindre. Les dialectes d\u2019Inukjuak et de Pond Inlet diff\u00e8rent sensiblement ; le mode de vie des deux groupes diff\u00e8re aussi. Les Inuit d\u2019Inukjuak et ceux de Pond Inlet ne s\u2019entendaient pas tr\u00e8s bien dans les nouvelles communaut\u00e9s. Le gouvernement voulait que les Inuit de Pond Inlet aident ceux d\u2019Inukjuak \u00e0 s\u2019adapter aux conditions climatiques de l\u2019Extr\u00eame-Arctique. Cette id\u00e9e ne tenait toutefois pas compte des perturbations que pouvait causer la cohabitation de groupes diff\u00e9rents dans une collectivit\u00e9 isol\u00e9e.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Les Inuit de Pond Inlet n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9dommag\u00e9s<\/strong><\/center>27. Les Inuit de Pond Inlet se trouvaient \u00e0 rendre service au gouvernement en donnant des conseils \u00e0 ceux d\u2019Inukjuak ; ils s\u2019attendaient \u00e0 \u00eatre pay\u00e9s en retour, mais en vain. Le gouvernement n\u2019a pas veill\u00e9 \u00e0 ce que les conditions de participation des Inuit de Pond Inlet leur soient bien expliqu\u00e9es. Il devrait assumer la responsabilit\u00e9 du malentendu.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>La d\u00e9cision de derni\u00e8re minute d\u2019envoyer des familles d\u2019Inukjuak \u00e0 Resolute Bay<\/strong><\/center>28. Le plan initial pr\u00e9voyait que des Inuit de Fort Chimo iraient \u00e0 Resolute Bay, o\u00f9 ils pourraient travailler \u00e0 plein temps ou \u00e0 temps partiel. Ce volet du plan a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 parce que le gouvernement n\u2019avait jamais eu l\u2019intention de construire des logements \u00e0 Resolute Bay et que les Inuit de Fort Chimo \u00e9taient habitu\u00e9s \u00e0 vivre dans des maisons. Les mesures envisag\u00e9es par le Minist\u00e8re ne tenaient pas compte des caract\u00e9ristiques des gens. Par cons\u00e9quent, on a minimis\u00e9 l\u2019importance du volet emploi dans le projet de r\u00e9installation \u00e0 Resolute Bay, et il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 que ce serait plut\u00f4t des gens d\u2019Inukjuak qui iraient \u00e0 Resolute Bay, o\u00f9 ils vivraient de chasse et de pi\u00e9geage.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Une s\u00e9paration impos\u00e9e aux Inuit d\u2019Inukjuak<\/strong><\/center>29. Les Inuit d\u2019Inukjuak croyaient qu\u2019ils iraient tous au m\u00eame endroit ; on leur avait dit qu\u2019ils allaient \u00e0 l\u2019\u00eele Ellesmere. Ce n\u2019est qu\u2019une fois rendus dans l\u2019Extr\u00eame-Arctique, au moment o\u00f9 ils ont effectivement \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9s, puis envoy\u00e9s en diff\u00e9rents endroits, qu\u2019ils ont compris. Ils ont alors v\u00e9cu une exp\u00e9rience p\u00e9nible et douloureuse, et, dans les circonstances, il s\u2019agissait nettement d\u2019une s\u00e9paration forc\u00e9e.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Une m\u00e9connaissance des besoins des r\u00e9install\u00e9s<\/strong><\/center>30. Une fois le plan mis en branle, le gouvernement s\u2019est appliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019ex\u00e9cuter sans se soucier des diff\u00e9rentes questions dont il aurait d\u00fb tenir compte lors de la planification. Les r\u00e9install\u00e9s allaient avoir besoin de peaux de caribou pour la literie et l\u2019habillement, ce qui \u00e9tait essentiel dans ces r\u00e9gions. Le Minist\u00e8re est all\u00e9 de l\u2019avant m\u00eame si les peaux n\u00e9cessaires n\u2019\u00e9taient pas disponibles ; les r\u00e9install\u00e9s sont partis pour le Nord avec 60 peaux au lieu des 600 dont ils auraient besoin pour la literie et l\u2019habillement au cours de l\u2019ann\u00e9e \u00e0 venir. Ils sont arriv\u00e9s dans l\u2019Extr\u00eame-Arctique sans disposer de tout le mat\u00e9riel n\u00e9cessaire pour y vivre.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>La propagation de la turbeculose \u00e0 Resolute Bay<\/strong><\/center>31. La collectivit\u00e9 inuit de Resolute Bay a \u00e9t\u00e9 infect\u00e9e par la tuberculose, peut-\u00eatre propag\u00e9e par les gens d\u2019Inukjuak. Cette maladie a ajout\u00e9 aux difficult\u00e9s, car de nombreuses personnes ont d\u00fb \u00eatre envoy\u00e9es dans des h\u00f4pitaux du Sud pour des p\u00e9riodes prolong\u00e9es.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Un emploi abusif de la Caisse de pr\u00eats aux Esquimaux pour les besoins du Minist\u00e8re<\/strong><\/center>32. Les magasins des nouvelles collectivit\u00e9s \u00e9taient financ\u00e9s par la Caisse de pr\u00eats aux Esquimaux. Il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli qu\u2019on ait discut\u00e9 de pr\u00eats avec les r\u00e9install\u00e9s avant leur d\u00e9part. Une fois qu\u2019ils \u00e9taient arriv\u00e9s dans l\u2019Extr\u00eame-Arctique, l\u2019agent de police obtenait la signature de l\u2019un d\u2019eux, qui agissait alors comme emprunteur. L\u2019entente de pr\u00eat \u00e9tait plut\u00f4t rudimentaire. En r\u00e9alit\u00e9, la Caisse de pr\u00eats servait les fins du Minist\u00e8re, un Inuk signant une entente de pr\u00eat en pure forme. C\u2019est l\u2019agent de police qui g\u00e9rait le magasin. C\u2019\u00e9tait donc une formalit\u00e9 d\u2019obtenir la signature d\u2019un Inuk, une formalit\u00e9 non pas au sens juridique, mais dans le sens de quelque chose d\u2019enti\u00e8rement superficiel et d\u00e9nu\u00e9 de toute valeur intrins\u00e8que. Dans les circonstances, la signature d\u2019un Inuk sur des documents de pr\u00eats n\u2019\u00e9quivalait pas \u00e0 un consentement.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>L\u2019isolement dans l\u2019Extr\u00eame Arctique<\/strong><\/center>33. En plus de la p\u00e9riode d\u2019obscurit\u00e9, l\u2019environnement des nouvelles collectivit\u00e9s de l\u2019Extr\u00eame-Arctique \u00e9tait sensiblement diff\u00e9rent d\u2019Inukjuak. Les conditions climatiques y sont plus rigoureuses, et les vari\u00e9t\u00e9s de gibier, beaucoup plus limit\u00e9es. La transplantation a donc entra\u00een\u00e9 des changements importants pour les r\u00e9install\u00e9s. Les Inuit d\u2019Inukjuak se sentaient loin de leur milieu d\u2019origine, ayant \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9s de la famille imm\u00e9diate, de la famille \u00e9tendue et des amis demeur\u00e9s \u00e0 Inukjuak. Ils \u00e9taient \u00e9galement isol\u00e9s des installations non inuit, leurs camps \u00e9tant situ\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Enfin, les diff\u00e9rences entre les groupes d\u2019Inukjuak et de Pond Inlet ont ajout\u00e9 au sentiment d\u2019ali\u00e9nation dans les tr\u00e8s petites collectivit\u00e9s compos\u00e9es de seulement quelques familles.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>La difficile adaptation \u00e0 la terre d\u2019accueil<\/strong><\/center>34. Les Inuit d\u2019Inukjuak ont \u00e9t\u00e9 mis dans une situation o\u00f9, pour survivre, ils ont d\u00fb s\u2019adapter \u00e0 une r\u00e9gion tr\u00e8s diff\u00e9rente de leur milieu d\u2019origine sur les plans du climat, du terrain et des conditions de chasse. Il y avait aussi des diff\u00e9rences notables dans les types et vari\u00e9t\u00e9s de poissons et de ressources en gibier; les r\u00e9install\u00e9s ont donc d\u00fb adapter leurs techniques de chasse, d\u00e9couvrir o\u00f9 et quand ils pouvaient trouver facilement les diff\u00e9rentes sortes de gibier, et adapter leur \u00e9quipement \u00e0 un terrain inhabituel, surtout dans la r\u00e9gion de Grise Fiord. Ils ont d\u00fb \u00e9galement modifier leur alimentation. \u00c0 Grise Fiord, les Inuit d\u2019Inukjuak allaient devoir apprendre \u00e0 tirer de l\u2019eau des icebergs \u00e9chou\u00e9s. Ils avaient aussi l\u2019habitude de br\u00fbler du bois; or m\u00eame s\u2019ils pouvaient en trouver au d\u00e9potoir de la base \u00e0 Resolute Bay, les lampes \u00e0 l\u2019huile de phoque \u00e9taient \u00e0 Grise Fiord, le seul moyen de cuisiner et de se chauffer. Le temps rigoureux et les p\u00e9riodes d\u2019obscurit\u00e9 rendaient plus ardues les t\u00e2ches quotidiennes et exigeaient une adaptation psychologique. Les Inuit d\u2019Inukjuak ont trouv\u00e9 l\u2019adaptation difficile \u2013 beaucoup plus difficile que pr\u00e9vu, sans doute.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Les dangers d\u2019un projet exp\u00e9rimental pour la vie et la sant\u00e9 des Inuit, et l\u2019insuffisance des mesures pr\u00e9ventives<\/strong><\/center>35. La r\u00e9installation visait \u00e0 d\u00e9terminer si les Inuit pouvaient s\u2019adapter \u00e0 la vie dans l\u2019Extr\u00eame-Arctique. Elle comportait un risque r\u00e9el si les Inuit ne parvenaient pas \u00e0 tirer leur subsistance du milieu ou s\u2019ils avaient beaucoup de mal \u00e0 apprendre comment en exploiter les ressources. Ce risque se serait concr\u00e9tis\u00e9 au cap Herschel si les gens avaient pu s\u2019y rendre, car le gibier a d\u00e9sert\u00e9 la r\u00e9gion \u00e0 l\u2019hiver 1953-1954.<\/p>\n<p>Les vivres exp\u00e9di\u00e9s aux magasins de Resolute Bay et de Craig Harbour n\u2019\u00e9taient pas suffisants pour subvenir aux besoins des gens si ces derniers ne pouvaient prendre suffisamment de gibier ; ils visaient seulement \u00e0 compl\u00e9ter leurs prises. Rien ne prouve que le Minist\u00e8re disposait d\u2019un plan d\u2019urgence pour le cas o\u00f9 le gibier n\u2019aurait pas suffi aux besoins alimentaires. Il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 non plus question des risques inh\u00e9rents au projet avec les Inuit. On les a simplement assur\u00e9s que le gibier abondait dans l\u2019Extr\u00eame-Arctique et qu\u2019ils y auraient une vie meilleure.<\/p>\n<p>Une partie du mat\u00e9riel destin\u00e9 \u00e0 Resolute Bay n\u2019est pas arriv\u00e9 ; les fournitures manquantes ont finalement \u00e9t\u00e9 transport\u00e9es par avion par l\u2019ARC quelques temps apr\u00e8s janvier 1954, soit avec plus de cinq mois de retard. \u00c0 Craig Harbour\/Grise Fiord et Resolute Bay, les peaux pour la literie et l\u2019habillement sont arriv\u00e9es vers la fin de l\u2019hiver 1954. Par contre, si un poste du gouvernement canadien avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli dans l\u2019Extr\u00eame-Arctique et que le personnel e\u00fbt manqu\u00e9 d\u2019articles essentiels comme de la literie et des v\u00eatements pour l\u2019Arctique, le gouvernement aurait s\u00fbrement fait le n\u00e9cessaire pour que ces articles soient exp\u00e9di\u00e9s imm\u00e9diatement. Le recours \u00e0 un pr\u00eat pour proc\u00e9der \u00e0 la r\u00e9installation limitait la capacit\u00e9 financi\u00e8re du Minist\u00e8re de parer aux impr\u00e9vus susceptibles de survenir dans ce qui \u00e9tait essentiellement un projet gouvernemental. Le projet \u00e9tait sous-financ\u00e9 et, en cas d\u2019impr\u00e9vu, lorsque les fournitures n\u2019arrivaient pas, par exemple, les consid\u00e9rations financi\u00e8res l\u2019emportaient sur le bien-\u00eatre des Inuit. Les impr\u00e9vus se traduisaient par des difficult\u00e9s accrues pour les r\u00e9install\u00e9s.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>L\u2019absence d\u2019embarcations<\/strong><\/center>36. Les grandes embarcations occupaient une place importante dans la vie et le statut social des gens d\u2019Inukjuak. Ces embarcations avaient \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9es sur place. Les r\u00e9install\u00e9s croyaient qu\u2019ils disposeraient d\u2019embarcations dans leur nouveau milieu. Aucune disposition n\u2019a \u00e9t\u00e9 prise pour leur en fournir.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Les \u00e9preuves et les souffrances, r\u00e9sultat d\u2019un plan d\u00e9ficient<\/strong><\/center>37. Dans le cas de la r\u00e9installation, on n\u2019\u00e9tait pas en pr\u00e9sence d\u2019un plan pertinent qui se heurte \u00e0 des accidents de parcours. Le plan \u00e9tait fonci\u00e8rement d\u00e9ficient, et les moyens n\u00e9cessaires \u00e0 sa mise en \u0153uvre laissaient aussi \u00e0 d\u00e9sirer. Les rat\u00e9s n\u2019ont fait qu\u2019ajouter aux \u00e9preuves et souffrances pr\u00e9visibles d\u00e8s le d\u00e9part.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Le pi\u00e8tre approvisionnement des magasins<\/strong><\/center>38. Les petits magasins \u00e9taient toujours mal approvisionn\u00e9s et, surtout \u00e0 Grise Fiord, les gens ont souffert de privations tout au long des ann\u00e9es 50.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>La difficult\u00e9 de trouver des conjoints<\/strong><\/center>39. Les collectivit\u00e9s \u00e9tant petites, les jeunes gens avaient de la difficult\u00e9 \u00e0 trouver quelqu\u2019un avec qui se marier.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>La limitation des d\u00e9placements<\/strong><\/center>40. M\u00eame si Grise Fiord n\u2019offrait pas autant d\u2019occasions d\u2019emploi que Resolute Bay, on emp\u00eachait quand m\u00eame les gens d\u2019aller \u00e0 Resolute Bay pour y rejoindre des membres de leur famille ou tirer profit d\u2019autres possibilit\u00e9s.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Le non-respect de la promesse de rapatriement<\/strong><\/center>41. Le gouvernement n\u2019a pas respect\u00e9 la promesse de rapatrier les r\u00e9install\u00e9s. On ne saurait compenser les souffrances qui en ont r\u00e9sult\u00e9 en offrant aux gens de payer leur voyage de retour de nombreuses ann\u00e9es plus tard. Il faut tenir compte des ann\u00e9es perdues.<\/p>\n<p><\/br><center><strong>Les tribulations des r\u00e9install\u00e9s \u00e9taient pr\u00e9visibles<\/strong><\/center>42. Les tribulations des r\u00e9install\u00e9s \u00e9taient pr\u00e9visibles. Elles d\u00e9coulaient d\u2019un plan fonci\u00e8rement coercitif, tant par son objectif que par les moyens mis en \u0153uvre pour l\u2019atteindre. Les lacunes de planification et de mise en \u0153uvre, ainsi que le non-respect de la promesse de rapatriement, ont ajout\u00e9 aux souffrances des r\u00e9install\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ren\u00e9 Dussault and George Erasmus. \u00ab\u00a0The High Arctic Relocation: A Report on the 1953\u201355 Relocation.\u00a0\u00bb Royal Commission on Aboriginal Peoples . Toronto: Canadian Government Publishing, 1994. Summary of the Commission\u2019s conclusion p.135-146<!--more--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00ab La r\u00e9installation dans l\u2019Extr\u00eame-Arctique : un rapport sur la r\u00e9installation de 1953-1955 \u00bb R\u00e9sum\u00e9 des conclusions de la Commission T\u00e9moignant devant le comit\u00e9 permanent des affaires autochtones de la Chambre des communes en mars 1990, John Amagoalik a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il y avait plus de 30 ans qu\u2019on s\u2019occupait du dossier de la r\u00e9installation [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"page-fullwidth.php","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"class_list":["post-4623","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/P2YleB-1cz","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/iqqaumavara.com\/en\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4623","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/iqqaumavara.com\/en\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/iqqaumavara.com\/en\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iqqaumavara.com\/en\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iqqaumavara.com\/en\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4623"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/iqqaumavara.com\/en\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4623\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/iqqaumavara.com\/en\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4623"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}